Elle apportait des crêpes… elle est entendue par les gendarmes de Lillers pour un dépôt d’ordures

Un hélicoptère de la Gendarmerie survolant le territoire de la commune de Saint-Hilaire-Cottes pour localiser un « campement » fait de quelques tentes détruites peu après par sept gendarmes venus sur place. Les faits se sont produits mercredi 6 novembre, alors que le soir allait tomber.

Les six Erythréens qui se trouvaient là sont restés livrés à eux-mêmes sans qu’aucune solution ne leur soit proposée pour passer la nuit tandis que les trois bénévoles de Terre d’Errance qui apportaient quelques crêpes, deux tentes et quelques oreillers étaient invités à communiquer leurs identités et coordonnées afin de pouvoir être joints et entendus ultérieurement.

Ainsi, Nathalie, une Lilléroise, a été convoquée par téléphone afin d’être auditionnée en gendarmerie de Lillers ce mercredi 20 novembre à 14h.
Invitée par un gendarme à franchir le portillon en compagnie de deux journalistes, elle est restée dans les locaux environ trois quarts d’heure, avant de ressortir sous les applaudissements de nombreux bénévoles d’associations solidaires, venus la soutenir. À sa sortie, elle a déclaré avoir été entendue au titre de témoin et souligné l’ambiguïté du discours qui lui a été tenu. « D’un côté nous sommes félicités pour tout ce que nous faisons et de l’autre nous sommes accusés de faciliter le trafic d’êtres humains ».
Ce qui étonne dans cette affaire, c’est le motif pour lequel elle a été appelée à témoigner : dépôt d’ordures. Cela ne correspond absolument pas à la réalité des choses et confère davantage à une politique de harcèlement que dénoncent les associations et les bénévoles. Qui plus est, l’intervention de la gendarmerie aurait été motivée par un arrêté municipal qui était ni affiché en mairie, ni sur les lieux, au moment de l’infraction supposée.

Sans solution, les personnes ainsi harcelées sont dans des situations toujours plus précaires et errent de campements en campements »

Si la démarche consiste à intimider les bénévoles, c’est visiblement raté. Il suffisait de lire les pancartes brandies ce mercredi après-midi par les représentants de Terre d’Errance, de la Ligue des droits de l’homme, d’Amnesty international, d’EC Nou, de différents collectifs venus d’un peu partout en région. L’effet aurait même plutôt tendance à renforcer leur détermination, clairement déclarée dans un communiqué de presse signé par dix-sept collectifs. Pour eux, cette expulsion est illégale au motif qu’il n’y avait sur place aucun huissier, aucun travailleur social, aucun interprète. Ils dénoncent aussi le mépris vis-à-vis des six personnes privées d’abri : personne ne leur a parlé, personne n’a répondu à la question que l’un des six migrants posait en anglais « Où vais-je dormir ce soir » ?

Pour les collectifs, ce qui se passe à Saint-Hilaire-Cottes n’est pas un cas isolé. « La situation est identique à Steenvoorde, Grande-Synthe, Paris et ailleurs. Sans solution, les personnes ainsi harcelées sont dans des situations toujours plus précaires et errent de campements en campements ». Quant aux bénévoles à qui l’on ne peut pas reprocher de faire preuve d’humanité et de solidarité en apportant quelque nourriture à des personnes dans un total dénuement, ils font néanmoins l’objet d’intimidations. Cette fois-ci c’est au titre d’un dépôt d’ordures… Cela a au moins un point positif : on sait maintenant que quiconque dépose des ordures dans la nature peut être repéré par un hélicoptère de la gendarmerie et, à ce titre, inquiété. Philippe Vincent-Chaissac / Votre Info pour 62190.fr

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