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Ex-Anatolard: Docteur Hugo, mister Delsert

Publié le 04 novembre 2017 par Administrateur

Revanchard. On pourrait parler des heures avec Hugo Delsert, tant le jeune homme a un parcours qui relève de l’exceptionnel. Pourtant, un certain professeur d’histoire-géographie ne croyait pas en lui. Mais alors pas du tout: « Quand je disais que je voulais être médecin, elle s’est moquée de moi. J’ai même eu un avis défavorable au conseil de classe pour mon orientation en médecine ». Pourtant, Hugo, originaire d’Ames, mais arrivé tout jeune à Lillers (pour la petite histoire, il est le fils du patron de Gitem, et le petit-frère de Rémi Delsert, l’opticien), est plutôt très bon dans les matières scientifiques, physique-chimie, SVT et mathématiques: « J’ai eu mon bac avec ces trois matières-là, avec 13,9 de moyenne. J’étais pas loin de la mention bien. Mais j’ai dû avoir 1 ou 2 en philo. Je ne bossais que les matières qui m’intéressaient ». Cette moquerie, Hugo en fera une force: « S’il n’y avait pas eu cela, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui. Ça m’a piqué. » Bachelier en 2003, il rejoint « La Catho » à Lille pour entamer ses études de médecine… qui dureront 13 ans. Non pas qu’il ait retapé certaines années, mais parce qu’il a visé haut, très haut, au sens propre comme au figuré.
Sa première année de médecine, il l’obtient du premier coup. 40e sur 500 candidats, excusez du peu. Il passe ses 6 premières années sans encombres, motivé comme jamais, avec une idée en tête: la médecine d’urgence, mais pas n’importe laquelle, celle en montagne: « Je voulais absolument rejoindre la faculté de Toulouse, qui est le berceau mondial de la médecine d’urgence. » Tout Lillérois qu’il est, Hugo, qui vient de fêter ses 32 ans, a toujours été passionné et attiré par les sports de montagne. Alpinisme, snow-board, ski de randonnée n’ont pas de secret pour lui. Alors il franchit les étapes: 3 ans de médecine générale, 2 ans de médecine d’urgence et enfin 2 ans de médecine d’urgence en montagne. Il devient médecin du Samu à Tarbes dans les Hautes-Pyrénées, et vole quotidiennement à bord de l’hélicoptère de la gendarmerie. Mais il ne reste pas: « Un de mes anciens formateurs m’a proposé de venir travailler en Suisse. J’ai accepté. » En fait, après réflexion, Hugo s’aperçoit que ce qu’il aime avant tout, c’est voler. Et puis surtout, il sait qu’il prend de gros risques au quotidien. Il est jeune papa, alors il accepte de faire ses valises pour la Suisse et un poste plus tranquille: « D’ailleurs,  6 mois après mon départ, l’hélicoptère de la gendarmerie s’est crashé en montagne. Je serais mort à l’heure qu’il est. »
Alors il part en 2013, avec dans sa mallette, des souvenirs impérissables. « Je me souviens d’une intervention traumatisante, un petit garçon de 5 ans qui s’est noyé dans une piscine. J’avais réussi à le réanimer, mais il est malheureusement décédé. J’avais 26 ans, j’essayais de faire comprendre calmement aux parents que ça allait être difficile. Ils ont accepté de donner les organes de leur enfant. Un autre enfant a pu les recevoir. » Un moment difficile, émouvant, marquant pour le jeune médecin qui connaîtra des instants plus joyeux, comme cette sortie en montagne qu’il n’est pas prêt d’oublier: « On faisait la Brèche de Rolland dans les Pyrénées avec deux amis, un autre médecin et un pompier. Quand on est tombé sur deux Espagnols, dont l’un s’était luxé l’épaule. Ils ne pouvaient pas continuer, c’était l’hiver et ils étaient très mal embarqués. Ils seraient morts de froid. On n’était pas en service, alors on a appelé les collègues. Et l’hélico est arrivé en 5 minutes. Les Espagnols n’ont pas tout compris, ils hallucinaient. Et pour la petite histoire, dans l’hélico, il y avait mon directeur de thèse. Alors on est tous repartis ensemble. On leur a sauvé la vie, et ils ont raconté ça en rentrant aux journaux espagnols. »
Aujourd’hui, la folie des sauvetages en haute montagne n’est plus vraiment son quotidien. Hugo Delsert est à la tête d’une sorte de maison médicale, avec deux autres confrères. Sur place il y a tout. Et les médecins savent tout faire: « Le système est génial. En France, le médecin prescrit des radios, des échographies, les prises de sang… Nous, on fait tout sur place, je me suis formé pour ça. Et nous avons huit infirmières. On fait gagner énormément d’argent à la société, et on fait gagner un temps fou au patient. En France, il serait envoyé aux urgences. Le système suisse est génial. » Installé dans le canton de Fribourg, Hugo Delsert, sa compagne, originaire de Festubert, sa fille de 2 ans et son petit garçon de 5 ans vivent dans un chalet très cosy, dans une commune tranquille, où tout le monde est gentil. Pour rien au monde l’ex-Lillérois ne changerait de vie: « J’ai été sollicité par l’ONU, pour travailler à Genève ou Lausanne, mais je préfère rester dans mon chalet à la montagne, je ne me vois pas dans une grande ville. » Pas question non plus de rentrer un jour à Lillers… quoiqu’il y vient régulièrement. En même temps ça ne lui prend que trois petites heures. Parce que Hugo est devenu pilote d’avion, et vole quand il en a envie, quand les conditions sont bonnes. Alors quand c’est le cas, il se pose à l’aérodrome de Saint-Omer et vient rendre visite à sa famille. Joli pied de nez quand même, qui le fait sourire: « Comme quoi il ne faut jamais écouter les profs! » A.Top

1 Commentaires pour cet article

  1. Dominique Mottoa Says:

    Formidable parcours …. bravo (y), en effet les profs sont complètement à côté de leur rôle qui est d’enseigner, d’encourager, d’aider à la persévérance….De nos jours les jeunes qui en veulent se font casser à la base ( alors pour les moins ambitieux , ils décrochent …..) Mon fils a eu la même réflexion de la part d’un prof qui lui a dit , « Tu n’auras jamais ton BAC » et quand celui ci l’a obtenu ( du premier coup ) et que je l’accompagnais au résultat elle lui a dit « tu ne mérites pas de l’avoir » alors faut qu’elle change de métier …. aujourd’hui il a une licence de commerce international et il parle 3 langues ! comme quoi !
    Il faut considérer quand même la situation financière des parents qui ont permis de s’engager dans de telles études au départ , parce que il faut l’avouer ça coûte cher !

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