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Entretien avec l’ex-Lillérois Hugo Delsert, médecin urgentiste en Suisse




Hugo Delsert, 35 ans, originaire de Lillers, est médecin généraliste en Suisse. Il y a deux ans et demi, la rédaction lui consacrait un portrait (lire par ailleurs). Dans ce contexte de pandémie mondiale, il nous paraissait logique de nous tourner vers lui, afin de connaître la situation dans son pays d’adoption, mais aussi de recueillir ses impressions sur le virus et sa dangerosité, ainsi que sur la gestion de crise dans l’Hexagone.

Hugo, il y a deux ans et demi, nous t’avions laissé, tu étais médecin généraliste dans une maison de santé en Suisse, pas très loin de Fribourg. Qu’en est-il aujourd’hui?
C’est toujours le cas! Sauf que depuis le début de l’épidémie, j’ai proposé mes services en tant que médecin urgentiste à l’hôpital de Fribourg. Je suis formé à la médecine d’urgence, la réanimation, j’ai fait du Samu en France… dans ce contexte, il me paraissait naturel de me proposer aux urgences. J’ai envoyé un mail, ils m’ont répondu tout de suite et m’ont embauché dans la foulée. Je travaille donc deux jours par semaine en tant que médecin urgentiste, et trois jours en tant que généraliste. Je me sens utile, je suis encore plus au front.

Comment les choses ont-elles été gérées dans ta maison de santé?
Dès le départ on s’est dit que la situation ne serait pas contrôlable et que nous ne verrions pas « les patients Covid » au cabinet. Il y a des centres spécialisés devant chaque hôpital. On oriente les patients et on les appelle tous les jours pour prendre des nouvelles.

Comment se passe le confinement en Suisse?
C’est hyper calme. Les écoles, les coiffeurs, les bars et les restaurants sont fermés. Mais la situation n’a finalement pas énormément changé. Les fromageries restent ouvertes, ça paraît bête mais c’est important, les chantiers ne sont pas arrêtés, il y a toujours du monde sur les routes. Simplement, les personnes qui peuvent faire du télétravail le font. Ici dans le canton de Fribourg, il n’y a pas d’amende. On nous dit qu’il faut rester chez soi au maximum, qu’il faut respecter des distances de sécurité. On est en Suisse, le Suisse respecte. Tout n’est pas parfait, je sais que certains se sont réfugiés dans les campagnes que ça a été mal vu, mais globalement tout va bien. Les montagnes sont à côté, on peut aller randonner, prendre l’air… Ça me semble important car au-delà du coronavirus, il peut y avoir un paquet de décompensation psychologique. En gros ça relève de la responsabilité individuelle.

Tous les militaires ont été mobilisés comme pour une attaque biologique. Tu vois une dame d’entretien avoir sous ordres des militaires pour le nettoyage des chambres »

Et du point de vue sanitaire?
Chez nous il y a tout de suite eu beaucoup de cas, pour la simple et bonne raison que nous sommes tout à côté de l’Italie du Nord, qui a été durement touchée. Mais il n’était pas question de fermer la frontière, car énormément d’Italiens du Nord travaillent ici, et notamment des médecins et plus largement du personnel soignant. C’était impossible de se passer d’eux. Mais aucun hôpital n’a été submergé, nous n’avons eu aucun souci de masques. À aucun moment ça n’a été tendu. Les choses ont été faites correctement. C’est tellement bien fait que la situation est très calme.

Ça semble diamétralement opposé avec la situation française que tu dois connaître…
On ne peut pas comparer la France et la Suisse. Ce sont deux pays complétement différents, on ne peut pas comparer un Français avec un Suisse non plus. Si je prends un exemple, ici le service militaire est obligatoire. Des hôpitaux militaires ont été construits au cas où. Tous les militaires ont été mobilisés comme pour une attaque biologique. Ça rassure la population, et c’est une force de frappe non négligeable. Ce qui est drôle c’est de voir une dame d’entretien avoir sous ordres des militaires pour le nettoyage des chambres… c’est super utile!

C’est hallucinant ce que tu racontes…
La Suisse, militairement parlant, n’attaque pas. Mais elle est armée pour sa défense et est parée à toute attaque. Elle mise tout là-dessus. On ne manque pas de produit de réanimation, de masques, de respirateurs… Encore une fois ce n’est pas comparable, nous sommes moins nombreux, plus riches… et des choix différents sont faits pour le système de santé.

Les médecins en France ne sont pas considérés à leur juste valeur. C’est incompréhensible qu’un pays comme la France ne se donne pas les moyens de faire comme nous. »

C’est-à-dire?
Ici on n’envoie aucun patient aux urgences. Dans une situation normale, on fait tout sur place: radio, échographie, prise de sang… On ne balade pas les patients de services en services. En France, c’est la pire médécine générale qui existe en termes de moyens et de salaires. On ne leur donne pas les moyens et ça fait longtemps que les médecins en réclament. Les médecins en France ne sont pas considérés à leur juste valeur. C’est incompréhensible qu’un pays comme la France ne se donne pas les moyens de faire comme nous. C’est génial pour tout le monde, à commencer pour les patients. Économiquement, tout le monde est gagnant. Sauf pour les lobbies des laboratoires peut-être…

Situation calme et bien gérée, malgré de nombreux cas de coronavirus… il est comment ce virus? Pas si grave?
Bien sûr que si! Cette épidémie est inédite et inattendue. Je n’ai jamais vécu cela, et peut-être que je ne reverrai jamais. Je l’espère. C’est la première fois que j’ai autant de décès dans mes patients, la première fois que je vois des personnes de 50 ou 60 ans qui n’ont pas de pathologies, se retrouver dans des états respiratoires aussi catastrophiques. Les radios des poumons sont impressionnantes, l’état des patients peut se dégrader très rapidement. Ce n’est pas une grippe, c’est beaucoup plus grave.

Et en termes de traitement?
Pour l’instant il n’y a aucun moyen, aucune solution thérapeutique. Nous tentons de gérer au mieux les syndromes de détresse respiratoire aiguë, il n’y a que ça à faire. On nous parle de la chloroquine, mais il y a deux sons de cloches: celui du professeur Raoult qui fait ça seul dans son coin et qui dit que c’est génial. De l’autre deux études européennes qui nous disent que ça peut aggraver les choses…

Vous avez généralisé les tests?
Non, dans un contexte où 30% des tests sont erronés, tester tout le monde n’aurait selon moi aucun sens. Mon discours changera certainement quand les tests seront fiables à 100%.

Propos recueillis par A.Top, Votre Info

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