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De Lespesses aux États-Unis, le fabuleux destin de Paulette Veste (1/3)

Publié le 01 septembre 2018 par Administrateur

14 août 2018, Paulette Gibbens, 90 ans, monte à bord d’un vol long courrier entre Atlanta et Paris. Elle est accompagnée de son fils, Edward, retraité de l’armée américaine. Mère et fils sont en voyage à Laon, en Picardie. Paulette Gibbens, née Veste, vient passer quelques jours chez son frère, Michel Veste. Les deux frères et sœurs ne se sont pas vus depuis 62 ans ! Fou.1954, Paulette Veste faisait le voyage inverse. Elle pensait alors ne jamais revenir dans l’Hexagone. Elle changera d’avis un peu plus de cinquante ans plus tard. L’histoire est belle, et nous avons la chance de pouvoir la raconter, en exclusivité.
Nous sommes en septembre 2011, deux journalistes s’attellent à un travail de fourmi : répertorier l’ensemble des sportifs originaires du Pas-de-Calais qui ont participé aux Jeux olympiques depuis… 1896 ! Le but est de réaliser un dico des JO. Certains noms sont évidents. Micheline Ostermeyer, Guy Drut, Henri Leconte, Henri Duez, Michel Jasy ou plus récemment Nando De Colo, Marie Delattre, Romain Barras, Jérémy Beccu… D’autres beaucoup moins. Le duo de journalistes fait des découvertes quasiment chaque jour. À force de recherches, le plus jeune des deux trouve tout à fait par hasard, sur le Net, une base de données rédigée en anglais, où, à première vue, l’ensemble des personnes ayant participé aux JO sont répertoriées. Et en fouillant encore, il s’aperçoit qu’il est possible d’affiner les recherches par commune. Son aîné s’attache à taper toutes celles du Pas-de-Calais, alors que lui, « se contente » de taper les noms de villes (et villages) proche du bureau. Lillers, Burbure, Auchel… Cauchy-à-la-Tour, Ames, Amettes, Lières. Quand vint Lespesses.
Deux journalistes « sur les fesses »
Là, le jeune rédacteur n’en croit pas ses yeux. Une dénommée Paulette Veste apparaît. Deux participations aux Jeux olympiques, en 1948 à Londres, et quatre ans plus tard, à Helsinki. Deux spécialités : le lancer de poids et le lancer de disque. Un club : la Laonnoise. Et ce lieu de naissance encore une fois. Lespesses. À deux pas de chez eux. Comment se peut-il que ces deux férus de sport n’en ait jamais entendu parler ? Premier réflexe : l’ami Google. Pas grand-chose, mais quelques éléments quand même. Des publications émanant du club d’athlétisme de Laon, qui retracent les exploits de la championne. Des titres de championne de France à la pelle notamment. Derrière elles, un certain Paul Millet, que le journaliste devenu enquêteur s’empresse de retrouver. Passionné par l’histoire de Paulette Veste, il raconte tout ce qu’il sait. Il narre ses exploits, et quelques bribes de sa vie. Paulette Veste a épousé un militaire américain et s’est exilée 10 ans après la seconde guerre mondiale de l’autre côté de l’Atlantique. Pour lui, elle y est décédée récemment, à 82 ou 83 ans. À Laon, la jeune fille aurait aussi remporté un concours de beauté. Le journaliste prend note, et poursuit ses recherches.
Des bouteilles à la mer
Direction les archives départementales de Laon en quête de quelques coupures de presse d’époque. Le butin est maigre, mais des écrits existent. Cap aussi vers la mairie de Lespesses, en espérant dénicher un document, avec des noms, des professions peut-être. Banco ! En mairie, la secrétaire tend un document essentiel. L’acte de naissance de Paulette Veste. Y figurent le nom de ses parents, leurs professions, le nom de ses grands-parents, le nom d’un frère aussi… Et surtout celui de son mari : Quentin Syfrett. En revanche, une information n’y figure pas : la date de décès. L’employée de mairie, un peu amusée par cette visite peu courante, avance une explication rationnelle. Pour arriver en France en provenance des États-Unis, un certificat de décès peut mettre des mois, si ce n’est des années. Dont acte. Mais voilà le journaliste de 26 ans lancé sur deux nouvelles pistes. À la recherche d’un dénommé Michel Veste, dans les environs de Lespesses, en plus de se mettre en quête d’un descendant de Paulette Veste, épouse Syfrett, aux USA. La méthodologie est simple : les Pages blanches, et Facebook. Des heures de recherche : « Monsieur Veste ? Est-ce que par hasard vous êtes de la famille de Paulette ou Michel Veste ? » Une question ressassée sans cesse à laquelle la réponse est toujours « Non, désolé, je ne connais pas. » Sur le célèbre réseau social, la démarche est sensiblement la même. Des tas de messages envoyés à des Mister ou Misses Syfrett de l’autre côté de l’Atlantique, comme des bouteilles à la mer.
« Je viens d’appeler maman, elle est d’accord… »
30 septembre 2011 à 18h37, une certaine Monique Syfrett répond : « C’est ma maman. Comment puis-je vous aider ? Quel type de journaliste êtes-vous ? ». Tout excité, le jeune homme s’empresse de répondre et explique sa démarche. 19h15, nouveau message de Monique Syfrett : « Je viens d’appeler maman, elle est d’accord pour que vous l’appeliez ou lui écriviez. Voici son adresse et son numéro de téléphone ». Incroyable, Paulette Veste est toujours vivante, et plus encore, en bonne santé. 2 octobre 2011, un certain Edward Syfrett répond à son tour : « Oui, je peux probablement vous aider. Pourquoi cherchez-vous des renseignements à son sujet ? Aussi, pouvez-vous nous aider à retrouver notre oncle Michel en France ? » Les échanges se multiplient entre les deux hommes. Edward raconte ce qu’il connaît du passé de sa maman, et toujours, demande des nouvelles de l’enquête, pressé de savoir si son oncle a été retrouvé. Paul Millet, du club d’athlétisme de Laon, a dégoté l’adresse de Michel Veste. Belle avancée. Le 5 octobre, le jeune reporter décroche son téléphone, sa liste de questions bien ancrée sur le bureau. Non sans stress, il compose le numéro de téléphone de l’ex-championne française : « Paulette Veste ? ». Une voix douce lui répond, en français, avec un accent américain prononcé. « Oui, c’est bien moi ». Des semaines de recherches viennent d’aboutir. On a cru un moment qu’elle n’était plus de ce monde. Mais elle est là, à l’autre bout du fil, à des milliers de kilomètres, prête à raconter sa merveilleuse histoire. A.Top

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